Chroniques de mes journées d’usine

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Parce que dans la vie parfois on n’a pas le choix, parfois, dans la vie, on a besoin de gagner de l’argent. Depuis mardi je travaille en intérim. Je ne vais pas dévoiler le nom de l’entreprise ni le lieu. Et comme dans le coin il n’y a pas grand chose hormis les usines je n’ai pas vraiment eu le choix. En même temps c’est un délai court que j’ai en temps libre. J’ai envie de dire que c’est mieux que rien et que par les temps qui courent gagner 2/3€ font toujours du bien au porte monnaie. Ce n’est pas de guetté de cœur que je me lève le matin à 4h. C’est pas grave, ça apprend la vie, et puis l’usine, j’connais, alors une mission de plus ou de moins… J’avais travaillé dans une autre usine il y a quelques années pour financer mes études. Je me souviens que ce n’était, déjà à l’époque, pas une partie de plaisir. Je le confirme une nouvelle fois. Honnêtement je crois qu’il n’y a rien de plus déshumanisant que le travail à la chaîne. C’est à peine si j’ai été accueilli par le responsable. Il a du se dire encore une intérim à former. Heureusement qu’une petite jeune m’a épaulée et expliquée comment cela se passe, les vestiaires, la pointeuse. Après que oui vous pointez tout le temps: en arrivant à 5h, quand vous commencez sur une machine, quand vous avez fini, quand vous partez en pause quand vous revenez, quand la matinée est finie, bref vous passez du temps à la pointeuse. Et quand on vous parle comme si vous étiez de la M…. j’avoue que ce n’est pas facile. Notre régleur nous racontait pas plus tard qu’hier que le grand patron n’aimait pas que les régleurs nous aident, il a dit que nous n’étions pas payer à rien faire donc nous n’avions qu’à nous bouger le … pour ne pas être débordées… Et encore je ne vous dis pas tout! Mais je sais que c’est provisoire  et du coup ça passe beaucoup mieux. C’est parfois un peu long quand tu es seule face à ta machine et que personne ne te parle pendant 7h. Du coup j’avoue j’ai le temps de penser à tout un tas de choses. Heureusement que tous les jours la tâche à exécuter change un peu même si le geste est répétitif. Certes les boîtes à fabriquer changent mais ça reste des boîtes : je la prends que ma collègue me tend, je la mets dans le sac et ce sac dans le carton et ainsi de suite jusqu’à ce que le carton soit plein et on recommence. Certaines salariées le font pendant des semaines, des mois. Immédiatement, j’ai pensé que je n’aurais pas du tout aimé être à leur place. Evidemment, n’étant pas habituée, je pouvais avoir des douleurs que les salariées ne ressentaient plus. Cela fait des décennies qu’elles font ce travail. La plupart sont dans l’entreprise depuis au moins 10 voire 20 ans.

C’est un travail qui n’est pas agréable, et où on ne peut pas communiquer à cause du bruit ambiant. Je pense que les ouvriers de la chaîne ont tous une riche vie intérieure! Ils ont appris à prendre sur eux et résister intérieurement pour attendre que la journée passe. Je travaille principalement entourée de femmes. La plupart des salariées autour de moi ont arrêté l’école tôt, ont commencé à travailler vers 16 ans donc n’ont pas fait d’études supérieures, ce qui les pénalise si jamais elles veulent trouver un autre emploi. Leur seule expérience est celle d’un travail ouvrier que l’on désigne « non-qualifié » sur le marché du travail. Il y aussi des femmes plus jeunes ( la vingtaine) qui cherche leur chemin et qui du coup se retrouve à l’usine parce que non diplômées elles ne trouvent rien d’autre.  Quand je discute avec certaines, elles me disent qu’elles font cela parce que ça paye le loyer et les factures. Elles attendent toute la retraite (déjà ?) . Beaucoup font malheureusement plus que leur age. Certaines sont aigries, grisées et minées par l’usine… les jeunes les craignent, les détestent.. mais je comprend vite que c’est l’usine qui les a « connassées ». Je suis admirative de ces femmes qui ont fais, font ou feront ce travail à la chaîne toute leur vie. Si je parle de femmes c’est parce que très peu d’hommes sont sur presse ou au travail à la chaîne. Je pense à notamment à ma maman qui est à la retraite depuis un an et demi et qui a travaillé plus de 20 ans sur une machine. Je me souviens de son discours lorsque j’étais au lycée: « Travaille à l’école ma fille si tu ne veux pas te retrouver ici avec moi ».Et quand je me suis retrouvée sur ces machines pour payer mes études, alors oui j’avoue cela m’a motivé pour essayer de m’en sortir. Aujourd’hui c’est vraiment histoire de quelques jours parce que j’ai besoin de mettre du beurre dans les épinards. Je ne me rendais pas compte qu’en étant debout, immobile toute la journée dans la chaleur de l’atelier plus ma blouse, la charlotte sur la tête et les gants que je n’était pas bien. Il y a aussi le caractère répétitif des gestes et l’impression de très vite devenir une machine. C’était différent de le vivre. Mais ce que j’ai trouvé le plus dur à supporter, c’est l’ennui. On attend avec impatience les 5 min à 6h15 puis 8h30 l’heure de la pause de 30 minutes qui passent à la vitesse de l’éclair. J’avouer que l’on ose pas regarder l’heure pour ne pas être découragée. Heureusement qu’avec certaines qui étaient à côté de moi hier on a un peu rigolé et discuter mais toujours en jetant un œil dans l’atelier. Parce que oui certaines intérim se sont fais renvoyer parce qu’elles avaient tendance à trop parler et du coup le travail n’avance soit disant pas. Au début, c’est plutôt laborieux. Vous n’arrivez pas à tenir les cadences. Tout est nouveau pour vous. Puis, vous vous prenez au jeu (car il n’y a pas d’autres distractions) et vous essayer d’aller vite, très vite, de plus en plus vite.

Je sais que je partirai le cœur un peu lourd parce qu’avec certaines j’ai eu le feeling comme on dit, de savoir que les autres resteraient.. encore longtemps… jusqu’à la fin pour beaucoup d’entre elles ! Elles ne s’en plaignent pas. Elles sont habituées. Elles s’entendent bien.. alors ? Pourquoi partir ? Et pour aller ou ?

« On sait ce qu’on perd, mais on ne sait pas ce qu’on retrouve… » … combien de fois ai-je entendu ce petit proverbe dans l’usine où j’étais.

Et vous, le travail à l’usine vous connaissez?

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4 commentaires sur “Chroniques de mes journées d’usine

  1. Je ne connais pas pour moi, mais ma soeur travaille dans une usine depuis toujours. Le système scolaire ne lui convenait pas, harcèlement scolaire, adolescente dépressive, a qui on n’a pas permis de suivre la voie qui lui plaisait, elle s’est retrouvée a faire un BEP dans un truc qui n’avait aucun interet pour elle, et voila comment elle s’est retrouvée a l’usine a 18 ans. Eh oui, un enfant, des factures a payer, et pourtant pas assez d’argent pour vivre vraiment décemment, en 4×8, c’est epuisant comme tout. Elle me fait souvent de la peine, et même dans la vie, parfois, elle réagit comme un automate 🙁 C’est déshumanisant, comme tu dis.

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