La servante écarlate de Margaret Atwood

Résumé:

« Il nous est interdit de nous trouver en tête à tête avec les Commandants. Notre fonction est la reproduction […]. Rien en nous ne doit séduire, aucune latitude n’est autorisée pour que fleurissent des désirs secrets. »
Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. 
Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Un ptit mot sur le livre:

Tout d’abord je remercie Caroline des éditions Robert Lafont pour l’envoi de ce roman. Il était une petite surprise dans le paquet que Caroline m’a fait parvenir. Et quelle surprise me diriez-vous? C’est un roman que j’ai dévoré, il m’a fait passé une courte nuit mais en aucun cas je le regrette. Merciii Caroline pour ce super moment lecture! Ce n’est pas du tout le genre que je lis habituellement et honnêtement je ne regrette pas une nouvelle fois d’être sortie de ma zone de confort.L’univers décrit est troublant de réalisme, le basculement vers ce régime plausible, bref, l’ensemble tient diablement bien la route. Je comprends que la place de ces servantes écarlates dans cette société ait fait réagir autant, et ait trouvé de l’écho jusqu’à aujourd’hui.

Simone de Beauvoir disait: « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant »

La servante écarlate nous emmène à Giléad, république qui s’est bâtie sur les ruines des USA. On sait peu de choses au début du roman sur ce qu’il s’est passé exactement, les explications arrivent petit à petit au fil de l’histoire. On comprend juste que la république est en fait une dictature, et que la société est divisée en castes : chez les hommes, il y a les Commandants, et les Gardiens. Chez les femmes, les Martha, qui occupent les fonctions de domestiques, les Épouses, femmes officielles des Commandants, et les Servantes écarlates, dont le rôle est intimement lié à la reproduction.

Ce roman est une dystopie choc. Il traite a la fois d’une prise du pouvoir qui ne laisse aucune place a la liberté mais également à la place des femmes dans la société. Defred est servante, la caste la plus basse de la société du XXIe siècle dans laquelle elle évolue. Elle est toute vêtue de rouge, ce qui signifie qu’elle est servante dévolue à la procréation de son Commandant. Arrachée à sa famille, elle va être privée de liberté et de sentiments, obligée d’évoluer dans un monde clos et lugubre.
Déshumanisées, réduites à un corps dont on attend qu’il enfante, c’est la mort qui les attend en cas d’infertilité. Chaque commandant attend qu’un enfant voit le monde, car la société vit une crise démographique sans précédent, et même en cas de grossesse, seul un quart des enfants naît en bonne santé. La narratrice, raconte cette société où la place de la femme est cantonnée à son rôle reproductif. Elle n’est plus un être qui a des pensées ou des envies, un corps ou une peau mais seulement une matrice. L’auteur nous emmène  dans un futur où la population est devenue dangereusement infertile et où les femmes sont réduites à leurs capacités reproductrices.

Margaret Atwood imagine une société totalitaire fermée, un univers glaçant et rétrograde, où toute intimité des corps est exclus et où le concept d’amour est dépassé, pour en supprimer les abus et débordements.
Les règles de vie sont strictes, la terreur règne. Dans le quotidien quasi carcéral de la servante s’entremêlent introspections et souvenirs. Et sa misérable existence soulève les notions de peur, de désirs refoulés, d’espoir et de résistance. Un livre qui est ponctué de brides du passé, question de faire comprendre aux lecteurs comment on arrive là. C’est habillement fait par l’auteur cette transition entre souvenirs et quotidien.

La Servante Écarlate est un roman frustrant, intriguant, touchant et dérangeant à la fois. C’est monde complètement fou dans lequel nous plonge Margaret Atwood. Je crois que le pire dans ce récit, c’est de se dire que tout cela pourrait très bien arriver dans les années à venir. Ecrit il y a plus de 30 ans, ce récit sonne terriblement actuel. Sans être très rythmée, l’histoire n’en est pas pour autant ennuyeuse car elle alterne entre scènes du passé de Defred et action présente. Au fil du livre, on finit par deviner un peu comment on en est arrivé là, mais tout ne reste qu’évoqué, subi, comme si on était, nous aussi, dans la population. J’ai été un peu frustrée par la fin, car j’aurai aimé en savoir plus. Mais clairement, c’est une histoire qui mérite d’être lue et qui fait réfléchir sur notre société. La narration est d’une grande fluidité, avec un style accrocheur qui m’a fait adhérer sans problème à l’univers du roman.Je ne qualifierais pas le livre de féministe mais l’auteure l’est incontestablement, militante à sa façon de nous montrer comment il est facile pour un régime dictatorial de retirer aux femmes la liberté dont elles disposent, de nier toute forme d’égalité des droits entre les hommes et les femmes.
Ce qui est effrayant, c’est à quel point le monde de Gilead est proche du notre, et nous montre à quel point notre société peut être fragile.

Et pour conclure:

Un roman, pas évident à lire mais qui m’a tenu en haleine quelques heures. Je n’arrivais pas à le lâcher.  Mais un roman nécessaire et poignant sur les femmes, sur la liberté, il donne à réfléchir sur notre société en poussant la différence à l’extrême. Une réflexion sur la soumission et l’avilissement de la femme qui garde tout son sens dans notre époque de conflits en croyances spirituelles. Un livre indispensable à lire, écrit il y a plus de 30 ans, mais toujours d’actualité. Ce livre est un condensé très noir de la condition féminine dans le monde et dans l’histoire, mais il est aussi porteur d’espoir. Margaret a donc crée un monde unique, avec ses propres codes et règles : une très bonne idée de roman, qualifié aujourd’hui de roman d’anticipation. Une lecture dont on ne ressort pas indemne, qui nous interpelle sur des problématiques actuelles et s’inscrit donc dans le registre des classiques intemporels. C’est mon premier roman de Margaret Atwood mais je sais que ce ne sera pas le dernier.

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